les Petits Bateaux Ligériens

les Petits Bateaux Ligériens

CELUI QUI VOYAGE DANS SA TÊTE

 

 

 

   J’avais peut-être trois ans ou quatre ou alors cinq.

   Je savourais ce moment ou j’allais me coucher. C’est là que je partais en voyage.

   Mon imaginaire fertile valait la réalité. Fort de mon infime culture ligérienne et bien protégé par de confortables couvertures, j’étais prêt à partir.

   Le lit de bois peint à hauts bords, si minus lorsque je revois son homologue dans un vide-grenier, ce lit était mon navire.

   Ces voyages furent magnifiques, personne ne me voyait partir, c’était un sacré secret. Mon seul regret, ne pas avoir pu partager ces moments.

L’image des embâcles des années 50 me faisait un décor que je devais braver.

   Quelques années plus tard, mon terrain d’aventure était une île.

Elle était accessible l’été par quelques bancs de sable. Composée d’arbres,  de prés, de vaches, des éléments bien ordinaires, mais quel idéal d’aventure.

   Il y a fort longtemps maintenant que cette île a disparu et mon enfance aussi.

   Les voyages de ma prime enfance je les refis, mais en canoë cette fois. A cette époque,  la Loire devait peut-être porter un de ces premiers types de bateau. Là aussi, j’ai regretté de ne pas partager ces instants. C’était juste grandiose. Naviguer la nuit au clair de lune sur cette rivière devenue sans fin et dans un silence qu’il faut assumer.  Cela sans repères visuels, sans rives apparentes, il n’y a plus de distances vraies et tout devient immense. Sa  couleur argent dans un décor d’un noir parfait m’envoyait,  dans ces images ou on aurait pu y voir l’exotisme  d’un monde primaire.

   Mais  ces autres grands moments, c'est juste avant le lever du soleil. Les couleurs d’une rare beauté font de ces instants un luxe de vie fort éphémère.

   Mais naviguer de jour comme de nuit du grand estuaire de la baie de Bourgneuf  jusqu’à  Nantes avec  des bateaux appropriés, ce sont aussi des moments de vie.  Là, la trace de l’homme y est bien visible. Cette Loire y est  arrosée de tous ses feux, témoins dune forte industrie.  Ce n’est plus le grand fleuve traditionnellement nourricier.

    Il me fallut aussi découvrir de plus grandes eaux et je m’initiais à la navigation marine au pays malouin. Un pays où la mer y est rarement calme et ce sur des voiliers qui dégageaient de la puissance.

    Je continuais cette navigation à bord d’un quillard, sur les côtes orientales de la Bretagne jusqu’à un temps où la raison vous ramène près du fleuve.

    Cette Loire qui a toujours été à mes côtés, fait donc qu’il me semble faire partie de mon élément comme un morceau de jard fait partie de son lit.

   Comme on reconstitue son arbre généalogique, je reconstitue le sien. D’autres l’on fait et alors?  Pour moi, elle fait partie de ma famille, . Et au moins un membre de ma famille, je l’ai choisi.

   De plus, voyager dans le temps, ça ne fait pas mal.

   La Loire est comme un animal, elle ne dit rien, mais elle donne tout. Il faut savoir lui demander, juste en la regardant.

 Comme  j’aime bien les bateaux, je repense les siens. Ainsi, je repars dans mes voyages imaginaires en remontant le temps, son temps.

Voilà.

 

  Bien à vous,

 

 Alain Fourreau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



20/01/2013
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